L'Antre Trolle

L'Antre Trolle
Salut à toi étranger, étrangère. Connais-tu les trolls ? Moi oui. Normal, j'en suis un !

Je m'appelle Skogtroll, pour les autres de ma race. Mon territoire couvre un tout petit morceau des Alpes. Peu de gens m'ont déjà vu. Car de nos jours, peu de personnes sortent, encore moins vont au coeur de la nature... Si peu savent regarder, où ils marchent, ce qu'il y a autour d'eux. Beaucoup sont plus attentifs à la sonnerie de leur téléphone qu'au bruit d'un ruisseau. Alors voir un troll, ou bien entendre sa plainte dans l'hiver...
Les trolls ne sont pas amis avec les humains. Ils ont leurs raisons, et je pense qu'en lisant, on peut comprendre les miennes.
Ils s'occupent du territoire où ils vivent. Je vous décrirai le mien tel que je le vois.
Et les trolls sont amateurs de bonne chère et de boisson quand le temps n'est pas à la disette. Voire même de musique.

Voilà, on peut retrouver tout ça au fil du blog. Bonne lecture...



PS : merci aux lecteurs qui se prêtent au jeu, aux réguliers, aux amateurs de neige et tout c'qu'est bon !

# Gepost op donderdag 07 februari 2008, 16u03

Gewijzigd op vrijdag 11 september 2009, 08u15

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. : Le Tout-Là-Haut : le Valhalla

Le soleil qui se couche, projette sur une face de la montagne ses ultimes rayons, désespérés et envoyant une sorte de teinte très douce sur la neige qui n'a pas reçu cette caresse de la journée. L'Ave maria résonne dans ma tête. Je vois les nuages déchirés, plusieurs couches plates et de plusieurs consistances, au loin et les rayons du soleil qui en sortent, plus haut, de l'or pur. Prend une grande inspiration. Et dévale la piste éclairée par le soleil, piste noire, ma préférée, dont le début donne la plus magnifique vue sur toute la vallée, la Chartreuse, le Vercors. Il n'y a personne sur la piste, car il est tard et les télésièges allant bientôt fermer, les gens ne s'aventurent pas très haut dans la station. De toute la journée, comme avant-hier, quasiment toutes les pistes furent à moi toutes seules, ajoutez également à un moment le domaine de Pleynet qui était par contre surchargé l'autre fois. C'est un noble hommage à la montagne...

N'obéissant qu'à ma devise "dévalons les vallons" je me suis engagée dans les Vallons du Pra alors que je n'aurais pas du du tout étant donné l'état de mon dos... j'ai mal aux reins et ça se fait vraiment sentir pendant le ski, m'obligeant même à faire des pauses pendant une piste. Avant c'était le mal aux cuisses surmenées, maintenant ça (les cuisses un peu moins) Ces enfoirés ont aménagé une piste forestière à la fin des vallons qui permet de regagner un des domaines sans lever le petit doigt, alors qu'avant on devait grimper un chemin, les skis sur l'épaule. Pff. Voilà que tout le charme, la difficulté, est en partie enlevée, et qu'encore une fois, on met à disposition des feignasses et pas doués les meilleurs endroits... Déjà qu'ils avaient installé un téléski à un endroit où on montait les skis sur l'épaule, annihilant ainsi un excellent hors piste délicieux par bonne poudre !

De la musique fictive dans ma tête, un air doux qu'un ami m'avait fait découvrir, le soleil s'était un peu montré, perçant les nuages, juste au dessus des crêtes terribles, et c'était magnifique. Là où c'était beau, je prenais le temps de m'arrêter regarder, longtemps, bien que ce paysage, je le connaisse par coeur. Les douces collines blanches que l'on dévale, désertes, le vide pour soi, toute la station à faire et refaire en un après-midi en évitant les rares endroits peuplés : c'est encore trop court, ce laps de temps est insuffisant, on voudrait être un oiseau, s'envoler depuis un sommet pour aller d'un pic à un autre... Assise, j'ôte le bruit du télésiège, des skis dans la neige et des échanges de paroles, et là miracle il n'y a vraiment aucun bruit. La montagne est un endroit extrêmement silencieux lorsqu'il n'y a pas de vent et qu'on est dans la partie où il n'y a plus de connifères. Là où il y en a, c'est un plaisir que d'entendre des oiseaux de temps en temps.

Sortie du 26 décembre à Prapoutel

# Gepost op donderdag 07 februari 2008, 16u41

Gewijzigd op woensdag 04 juni 2008, 12u37

[Coup de gueule.]

[Coup de gueule.]
Pseudos free riders de merde. J'ai envie de vous faire avaler votre casque dernier cri couvert d'autocollants et de vous fourrer votre surf et vos patinettes dans le fion. Vous parlez de freestyle de "peuf" mais ce mot pour désigner la neige est aussi vulgaire que d'appeller une femme une "meuf". Et vous n'allez en fait quasiment jamais en hors piste, mais au snow park, cette installation stupide et bruyante, si vous voulez des objets de ce genre, sautez des barres rocheuses, et si ce que la nature vous a donné ne vous plaît pas, cassez vous. Remballez vos machins et flanquez-les dans un skate parc et respectez le silence de la Montagne au lieu de foutre votre musique, c'est pas la peine de transférer la ville là-haut.

Une fois j'ai vu à Prapout' un stand "Volcom"... crachant de la musique 'tendance', truffés de jeunes cons (moyenne d'âge : 13-14 ans) exhibant leur pull à carreaux, leur dernière paire de mitaines rayées, tous avec leur snow... Y'avait une bosse de préparée, haute comme mes seins *ricane* (ça veut dire "plate comme une planche à pain, loul) et les pauvres individus prenaient à peine de l'élan, arrivaient péniblement, décollaient de vingt centimères pour se viander ensuite. Magnifique, non ?

J'aime pas quand les péteux de ce genre viennent se la ramener, ça c'est clair... Qui ne viennent que pour frimer. C'est aussi désolant qu'une gamine qui se grave Rette Mich sur les bras avec son compas. Si vous voyez ce que je veux dire.

# Gepost op donderdag 07 februari 2008, 16u47

Gewijzigd op woensdag 04 juni 2008, 12u38

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. : Agalloch - A poem by yeats

Foncer à la gare. Voir qu'il y a un gars de la bande avec qui je traîne. Prier pour qu'il reste une place dans le car. Maudire le jour où tout le monde va skier. Renseigner de jeunes gens non habitués à ce moyen d'aller skier (...et surtout à 17h35 grouillez vous de sauter dans le car le plus vite avant que ceux n'ayant réservé ne vous piquent la place, vous avez compris les gars ?) Enfin, flanquer son matos dans la soute, et en avant la musique.

Les soucis de la ville qui prennent au bide et donnent envie de vomir, une fois là-bas s'envolent, les gestes habituels : chaussures, bandeau, masque, gants, zou.

La première chose que je fais c'est foncer sur le gros déblayable, joindre le TS de la Pouta et une fois là-haut, grimper sur la crête, et enfin, me poser... (casse-croûter parce que j'ai pas encore bouffé, au passage) et ça y est ça vous paraît con mais je réalise enfin ce que je souhaitais faire depuis tant de temps... j'ai pas de MP3 alors je peux jamais écouter de musique sauf sur mon ordi, alors j'ai fait un truc impensable, dégeulasse, contradictoire par le culte voué à la montagne : amener mon PC.

Simplement pour enfin entendre A poem by yeats d'Agalloch depuis mon nid qui domine la vallée.

Après, d'autres morceaux, plus aériens les uns que les autres, et là c'était incroyable, jamais je ne me suis sentie comme là, faite de lambeaux de vent, c'est là qu'on respire le vrai air, qu'on sait qu'on a deux ailes blanches dans le dos qui ne se voient pas mais qui sont là, qui donnent envie de se jeter dans le vide, la plus belle manière de se tuer... le saut de l'ange depuis tout là-haut. J'étais aggrippée sur un versant de la montagne, d'un côté celui sombre et sournois, de l'autre le côté de la liberté et de la vue magnifique, accrochée à la neige, soulevée au même rythme qu'elle par le même vent, j'étais flocons, je croque un bout de chocolat je croquais les rochers, je déchirais de la viande j'écartelais un choucas. L'envie formidable de hurler me prenait, de joie, depuis longtemps, de joie... de joie pure ! La carapace givrée fondant au soleil de la poudre brillait, et sur toute une crête sous le soleil se profilait ainsi des scintillements produits par des plaques de neige exposées à l'astre, comme des feux passant de montagne en montagne d'alerte !

Björk a capella dans les étendues de neige, dès la première fois que j'ai entendu ce chant, je voulais je voulais l'entendre au sommet d'une montagne, et enfin ! Mieux que tout... sans personne sans en ressentir le besoin l'envie, juste être le ciel, être le vent, être la neige...

Sortie du 19 janvier à Prapoutel

# Gepost op donderdag 07 februari 2008, 16u50

Gewijzigd op woensdag 04 juni 2008, 12u38

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. : Frozen Troll

Charger la bagnole, amener des disques bien sûr et c'est parti !
Il faut que je vous décrive le trajet vers l'Oisans, c'est quelque chose d'assez extraordinaire.

D'abord, la voiture roule exclusivement sur du plat, une pauvre rivière s'étale peu dans un espace immense qu'elle occuppait autrefois, une rivière sombre, et les arbres et plantes de chantier ont squatté sa place d'antan. Les montagnes plongent directement dans le sol, "roche plissée" selon mon cours de SVT de 4è : les termes scientifiques peuvent dire quel est le passé de ce tas de caillasse et les yeux sont là pour voir le résultat, des courbes dans la montagne, des vagues d'une centaine de mètres de haut.
Et l'Oisans on peut se dire que c'est triste à pleurer, surtout en hiver et le matin. C'est vrai, les maisons de béton gris tout triste, les vieux poteaux électriques déprimants, les arbres gris morts, l'herbe sèche brun/gris, et la brume angoissante qui court au sol ou s'élève en grandes colonnes... %Mais ce qu'il y a de terriblement impressionnant, ce sont les anciennes avalanches. La vallée est riquiquite, coinçée entre les abruptes et menaçantes montagnes, et en partie comblée par de très vieux pierriers (ce qui explique la végétation constituée uniquement d'arbres-de-chantier et la teneur en gris du paysage...) Du caillou d'ardoise petit comme mon doigt, on passe aux champs de roches titanesques, gros comme des bagnoles, comme des maisons ! Ouais ! Qui ont roulé il y a des siècles de cela, pensez que ces blocs gigantesques sont tombés de là-haut, j'aurais pas aimé être là à ce moment là ! Le sol n'est que pierrier, c'est absolument ahurissant

Peu à peu le tout est saupoudré de neige, et on quitte l'Isère, on quite Rhône Alpes, on est dans le parc national des Ecrins... Et aujourd'hui, c'était le drame. Nous voulions nous offrir une sortie à la Meije, ma première escapade de l'année là-bas. Sauf qu'on a pas prévu la météo : pour nous il faisait beau, alors tout était bon, point barre ! Mais c'étant sans compter le vent. Il existe un bon moyen de savoir si ça souffle là-haut : regarder le sommet de la montagne, si de la neige est plus ou moins projetée, c'est que le vent est assez fort pour l'envoyer... Et en l'occurrence, aujourd'hui y'avait des projections, aujourd'hui ça soufflait très, très, très loin et fort ! Et cela se confirmait en se rapprochant de la Grave, j'étais assez inquiète dans la bagnole...

Pire. Sur la route, je voyais tout qui volait, se détachait des arbres, formait des tourbillons évanescents en l'air, et la poudre qui serpentait sur le sol, vicieuse, sournoise. La poudre des dieux quand elle se fait déloger, la meilleure... mais la plus redoutable, car avec ce vent, elle forme des plaques traîtresses. D'ailleurs j'ai dû voir une avalanche ou deux sur les côtés du chemin. Arrivés à-bas, y'a un vent à décorner les beaufs, rien qu'au bas de la station, au village de la Grave. Le téléphérique est fermé. Là-haut c'est la tempête. On voit d'en bas les projections de neige par le vent... hallucinant. Il a neigé hier faut dire, avec un brouillard monstrueux, c'est pour ça que j'y suis pas allée, on m'a dit, visibilité 2 mètres.... aaaïe ! On se rabat sur Vaujany. On sait qu'au dome des Rousses, où y'a constamment du vent très fort, ça va être l'enfer (et ça risque d'être fermé, comme souvent...) mais bon j'ai besoin de ma dose de ski et de profiter de cette neige !

Dans la voiture, c'est là que j'ai eu la brillante idée de mettre mon cayday faovri d'Agalloch : Pale Folklore. Et c'était pas une mauvaise idée, loin de là. Vous savez le livret intérieur présente des photos de paysage enneigé, illustrant à la perfection ce que dit la musique... Ô combien ils ont si bien dépeint ma reine-neige dans ce petit disque ! C'était l'extase, la jouissance, de voir décoller la neige sous les bourrasques en rythme avec la musique, la profondeur des voix s'accorder à la perfection avec celle de la vallée, rendant le tout majestueux... Comme toujours.

Et effectivement une fois là-bas didiou toujours ce vent mais en pire. C'est simple ça me poussait tout seul sur le plat ou me faisait reculer... On a pris notre gros hors-piste. Il faut énormément avancer sur une crête pour le faire. Avec ce vent et cette neige extraordinaire, c'était incroyable, ce paysage. C'est tout plat à et endroit, le vent a formé des vagues, le vent qui fait avancer tout seul et qui fait serpenter la neige au sol comme une colonie de rats fantômes qui s'enfuient. Oui, dans ma tête j'entendais encore les sonorités du disque d'Agalloch résonner. On a croisé un type sorti de nulle part, vraiment il est apparu du vide... (une seconde auparavant sur la grande étendue y'avait personne et là poum !)
qui grimpait en peaux de phoques. Gare aux avalanches. On était sur ZE coin à plaques, forcément avec ce vent.

Enfin parvenus à l'endroit à dévaler, on se régale de la poudreuse plus que divine mais avec prudence, on n'a fait que skier sur de la neige très instable. Encore moi ça va je déclenche pas les plaques je suis trop légère... La frousse du jour : dans un couloir dans lequel nous étions engagés avec confiance... à un moment il faut sauter une plaque glacée de deux mètres dans un endroit très étroit et débouchant sur un trou d'eau entouré de glace ! On pouvait certes aller sur l'autre côté, évitant ainsi le trou, mais la chance n'était pas de mon côté et mes skis, orientés du côté trous, faisaient que si je m'engageais dans la descente, j'allais droit dans l'eau sous la glace... Il fallait de l'élan, j'ai essayé de remonter la pente pour en gagner, j'ai dérapé sur la glace, et glissé vers le trou... heureusement mon beau-père m'a récupérée.

Samedi 2 février - La Grave/Vaujany

# Gepost op donderdag 07 februari 2008, 17u06

Gewijzigd op woensdag 04 juni 2008, 08u12