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. : Frozen Troll

Charger la bagnole, amener des disques bien sûr et c'est parti !
Il faut que je vous décrive le trajet vers l'Oisans, c'est quelque chose d'assez extraordinaire.

D'abord, la voiture roule exclusivement sur du plat, une pauvre rivière s'étale peu dans un espace immense qu'elle occuppait autrefois, une rivière sombre, et les arbres et plantes de chantier ont squatté sa place d'antan. Les montagnes plongent directement dans le sol, "roche plissée" selon mon cours de SVT de 4è : les termes scientifiques peuvent dire quel est le passé de ce tas de caillasse et les yeux sont là pour voir le résultat, des courbes dans la montagne, des vagues d'une centaine de mètres de haut.
Et l'Oisans on peut se dire que c'est triste à pleurer, surtout en hiver et le matin. C'est vrai, les maisons de béton gris tout triste, les vieux poteaux électriques déprimants, les arbres gris morts, l'herbe sèche brun/gris, et la brume angoissante qui court au sol ou s'élève en grandes colonnes... %Mais ce qu'il y a de terriblement impressionnant, ce sont les anciennes avalanches. La vallée est riquiquite, coinçée entre les abruptes et menaçantes montagnes, et en partie comblée par de très vieux pierriers (ce qui explique la végétation constituée uniquement d'arbres-de-chantier et la teneur en gris du paysage...) Du caillou d'ardoise petit comme mon doigt, on passe aux champs de roches titanesques, gros comme des bagnoles, comme des maisons ! Ouais ! Qui ont roulé il y a des siècles de cela, pensez que ces blocs gigantesques sont tombés de là-haut, j'aurais pas aimé être là à ce moment là ! Le sol n'est que pierrier, c'est absolument ahurissant

Peu à peu le tout est saupoudré de neige, et on quitte l'Isère, on quite Rhône Alpes, on est dans le parc national des Ecrins... Et aujourd'hui, c'était le drame. Nous voulions nous offrir une sortie à la Meije, ma première escapade de l'année là-bas. Sauf qu'on a pas prévu la météo : pour nous il faisait beau, alors tout était bon, point barre ! Mais c'étant sans compter le vent. Il existe un bon moyen de savoir si ça souffle là-haut : regarder le sommet de la montagne, si de la neige est plus ou moins projetée, c'est que le vent est assez fort pour l'envoyer... Et en l'occurrence, aujourd'hui y'avait des projections, aujourd'hui ça soufflait très, très, très loin et fort ! Et cela se confirmait en se rapprochant de la Grave, j'étais assez inquiète dans la bagnole...

Pire. Sur la route, je voyais tout qui volait, se détachait des arbres, formait des tourbillons évanescents en l'air, et la poudre qui serpentait sur le sol, vicieuse, sournoise. La poudre des dieux quand elle se fait déloger, la meilleure... mais la plus redoutable, car avec ce vent, elle forme des plaques traîtresses. D'ailleurs j'ai dû voir une avalanche ou deux sur les côtés du chemin. Arrivés à-bas, y'a un vent à décorner les beaufs, rien qu'au bas de la station, au village de la Grave. Le téléphérique est fermé. Là-haut c'est la tempête. On voit d'en bas les projections de neige par le vent... hallucinant. Il a neigé hier faut dire, avec un brouillard monstrueux, c'est pour ça que j'y suis pas allée, on m'a dit, visibilité 2 mètres.... aaaïe ! On se rabat sur Vaujany. On sait qu'au dome des Rousses, où y'a constamment du vent très fort, ça va être l'enfer (et ça risque d'être fermé, comme souvent...) mais bon j'ai besoin de ma dose de ski et de profiter de cette neige !

Dans la voiture, c'est là que j'ai eu la brillante idée de mettre mon cayday faovri d'Agalloch : Pale Folklore. Et c'était pas une mauvaise idée, loin de là. Vous savez le livret intérieur présente des photos de paysage enneigé, illustrant à la perfection ce que dit la musique... Ô combien ils ont si bien dépeint ma reine-neige dans ce petit disque ! C'était l'extase, la jouissance, de voir décoller la neige sous les bourrasques en rythme avec la musique, la profondeur des voix s'accorder à la perfection avec celle de la vallée, rendant le tout majestueux... Comme toujours.

Et effectivement une fois là-bas didiou toujours ce vent mais en pire. C'est simple ça me poussait tout seul sur le plat ou me faisait reculer... On a pris notre gros hors-piste. Il faut énormément avancer sur une crête pour le faire. Avec ce vent et cette neige extraordinaire, c'était incroyable, ce paysage. C'est tout plat à et endroit, le vent a formé des vagues, le vent qui fait avancer tout seul et qui fait serpenter la neige au sol comme une colonie de rats fantômes qui s'enfuient. Oui, dans ma tête j'entendais encore les sonorités du disque d'Agalloch résonner. On a croisé un type sorti de nulle part, vraiment il est apparu du vide... (une seconde auparavant sur la grande étendue y'avait personne et là poum !)
qui grimpait en peaux de phoques. Gare aux avalanches. On était sur ZE coin à plaques, forcément avec ce vent.

Enfin parvenus à l'endroit à dévaler, on se régale de la poudreuse plus que divine mais avec prudence, on n'a fait que skier sur de la neige très instable. Encore moi ça va je déclenche pas les plaques je suis trop légère... La frousse du jour : dans un couloir dans lequel nous étions engagés avec confiance... à un moment il faut sauter une plaque glacée de deux mètres dans un endroit très étroit et débouchant sur un trou d'eau entouré de glace ! On pouvait certes aller sur l'autre côté, évitant ainsi le trou, mais la chance n'était pas de mon côté et mes skis, orientés du côté trous, faisaient que si je m'engageais dans la descente, j'allais droit dans l'eau sous la glace... Il fallait de l'élan, j'ai essayé de remonter la pente pour en gagner, j'ai dérapé sur la glace, et glissé vers le trou... heureusement mon beau-père m'a récupérée.

Samedi 2 février - La Grave/Vaujany

# Posté le jeudi 07 février 2008 17:06

Modifié le mercredi 04 juin 2008 08:12

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