. : Eté écoute moi...
_Certes, un temps merdique pour le commun des mortels tout mai/début juin m'a permis de rester actif, mais dès que la chaleur est survenue, c'en fut fini du troll, qui, terrassé par la canicule, rendit les armes et resta cloîtré chez lui. Or, hier, un orage providentiel fit son apparition et réveilla votre troll national de bien bonne heure, pour qu'à sa plus grande joie il puisse voir à sa fenêtre les nuages fouetter les montagnes et la pluie tambouriner au sol. Miracle ! Car si deux choses peuvent faire plaisir au troll, se réveiller tôt et voir qu'en plus il fait un temps pluvieux/nuageux/neigeux.
_Donc grâce à hier, ce jour fut quelque peu rafraîchi et la Terre pas totalement assommée par le soleil estival puisque de grands lambeaux de nuages l'en préservaient encore. Ainsi, le troll est sorti. Et pas n'importe où, laissez le donc conter cette histoire.
Aujourd'hui, j'ai envie de marcher. Je sais pas trop où. J'aimerais bien là-bas, c'est joli et vert. Puisque je ne sais pas où aller, tentons le Mont Rachais, j'y suis pas encore allé.
C'est haut. C'est au-delà de la Bastille. Au-delà du Mont Jallat. J'ai pas envie d'y aller en montant à la Bastille par le chemin que j'ai trop vu, je décide de passer par le Parc près de la Porte de France. De là à la Bastille, c'est un vrai labyrinthe. Si on devait compter toutes les marches, depuis St Laurent jusque là-haut, il y en aurait peut-être plus que les temples Mayas... Passer dans des dédales d'escalier sous roche, cheminer sur des pierres, entre les petits chênes tordus qui poussent là. Les immenses "escaliers-gradins", je redécouvre un paradis que je n'avais vu depuis longtemps : des graminées, des fleurs jaunes et mauves, des papillons, de petits arbustes, un parfum dans l'air... C'est limite si je ne m'y roule de contentement ! Mais le chemin est encore long et avec en guise de réserve une simple bouteille de menthe... Passé la traditionnelle Bastille, le Champ, je décide d'abord de faire un petit tour dans les Grottes de Mandrin, le bandit qui s'y était caché. Je conseille aux amateurs de photo Über Trve Black Métôlle de venir poser ici... c'est lugubre et sombre à souhait. D'ailleurs sur le chemin de la Bastille je ne me suis pas trop pressé, comme c'était joli j'ai zoné par tous les endroits possibles, j'aime bien m'y perdre.
Voilà, chemin pour le Mont Jallat. Au milieu des fleurs jaunes, du "maquis" du coin... Le chemin est si large, si doux, comparé à ce qui m'attend après, mais ça, je ne le sais pas. Je parviens plutôt vite au croisement qui permet de continuer soit jusqu'au mont Jallat, soit d'aller sur le Chemin de la Vierge Noire, c'est celui qu'il me faut emprunter. Il est très beau, ce chemin, me dis-je. Il est doux sous les pieds, pas très très large, mais j'avance, des papillons posés par terre s'envolent une seconde avant, ouvrant un passage. Ils sont si proches que je peux les toucher. Ce monde n'est plus le gentil chemin balisé, il est beaucoup plus sauvage déjà. La végétation change beaucoup tout au long du chemin. Il y a vraiment de tout, c'est étonnant. On passe des buissons bas à fleurs jaunes, aux coquelicots et pins, aux acacias et à la mousse. J'entends un oiseau que je ne connais pas. Je suis vraiment seule et éloignée de tout, je m'approche silencieusement. Puis je prends un chemin digne d'un cabri, il monte énormément tout en ne donnant la possibilité que de poser un pas sur quelque chose de plat.
Le chemin jusqu'au mont Rachais est périlleux. Très étroit, formant d'innombrables laçets, d'un côté un ravin profond et direct. Je n'en vois pas la fin. Vraiment ! Il est censé faire plus de trois kilomètres, qu'est-ce que ça me paraît long en réalité ! Car j'enchaîne laçet sur laçet, parfois je cours, je m'arrête, je ne peux regarder où j'en suis car je suis en pleine forêt, où le sol est humide et glissant. J'avale le chemin en courant...
Vraiment coupé du monde.
Pourtant près de la fin - je ressors en pleine lumière sur un bout de chemin à guarrigue comme tout en bas et vois que je ne suis plus loin du but - je fais demi-tour. Non par fatigue, je sens encore très bien mes pieds, tout au plus la même lassitude qu'un aprèm en ville à marcher...
Je cours dans le sens inverse, cours et cours sur les chemins étroits et glissants de la forêt... Un énorme écureuil fuit. Je renifle toutes les herbes parfumées et caresse la mousse.
J'aurai fait en tout plus de quatre heure de randonnée, je suis rentré chez moi à pied. J'ai bien savouré cette après-midi, ça m'a fait plaisir d'être loin de tout le monde. D'ailleurs à peine est-on au pied de la montagne que boum, la ville. Et ça fait toujours un p'tit choc le retour direct comme ça dans les bagnoles, les gens, le bruit... J'étais bien, là-haut ! J'aurais bien voulu m'allonger dans les herbes parfumées et les papillons.