A V A L O N - attends-moi..
Le ciel comme un espoir était déjà paré de dégradés extraordinaires, l'eau de l'Isère en traversant le pont était si claire qu'on voyait le fond, ni bleue ni verte, teintée de nuit et de reflets de jour naissant. Il était trop tard pour aller là-haut mais pas pour se caller dans un coin de Chalemont et ne rien manquer du spectacle, et là, juste sur le pont, les bourgeoises maisons de Corenc encore illuminées, rappellant la tiédeur du foyer luttant contre la nuit, et la Bastille déjà grise de matin, et son ciel derrière aussi : et cela m'appellait, me hurlait de revenir marcher à pas de loup dans l'aube, cette atmosphère unique et sauvage qui m'avait marqué la première fois.
Une immense crinière de nuages blancs effilés traversait le ciel. En face, Belledonne allait donner le soleil sur la ville. Les nuages juste au-dessus furent d'abord un peu rosés, puis sous mes yeux ébahis, se mirent à rougir. A rougir.
Bel oiseau blanc du bout du monde,
Fils de deux muets, fils du Pays,
Rebelle semblant entre deux mondes,
Tire d'aile sanglant de quel pays?
Feu noir sur trois abers,
Sang noir sur dix estuaires,
Sept îles et fer en pluie.
Battu de vent, flottant bastion,
Battu devant, flots, tourbillons,
Battu, battant sang pavillon,
Soleil levant, noir, sans rayons.
Noirs l'eau, le feu, la terre,
Noirs de feu les deux airs,
Le vent, la brume aussi.
Mer en brume soleil déforme,
Terre en brume vieillie diforme;
Doigts sont changeants en dix corneilles,
Poissons sanglants en dix orteils.
Pigeons de feu sur mer,
Poison de gueux sous mer,
Sept îles et fer en pluie.
Morte saison sans floraison,
Morte maison, sang, déraison;
Saisons perdues en oraisons,
Moissons perdues sans rébellion.
Feuillaison en hiver,
Fenaison en désert,
Grésil de fer en pluie.
Discours de feu, discours de veau,
Concours de peu, discours dévots,
Secours de peu, futiles travaux,
Séjours de feu pour mille chevaux.
Noire langue des vipères,
Noire lande de colère,
Les vents, les hommes aussi.
Mil malloz ru, chant de l'épée,
Mille noires statues, noirs policiers,
Mille poings tendus, dix poings brisés,
Mille printemps dus pour mille années.
Cent mille hommes en colère,
Mille hommes sans la mer,
Sang, larmes et fer en pluie.
Mortes tribus sans héritiers
Portent tribut sang à payer.
Soleil fendu, bois condamnés,
Sol est venu, lois sont damnées.
Au temps que meurt la mer,
Autant se meurt la terre
Sous peur, sous fer en pluie.
Jour de demain, courage ardent.
Jour de Samain, coups, rage aux dents.
Seront les veaux perdant sang blanc,
Seront les loups perdant cents dents.
Rouge fin,
Rouge avers;
Rouge poings,
Rouge guerre.
Rouges mains,
Rouges serres;
Rouge festin,
Rouge chair,
Rouge vin,
Rouge bière,Le feu, la mer aussi.
Tri Yann - Le soleil est noir
La crinière embrasée se projetait dans le ciel, faisant fuir des corbeaux hurlants. Derrière cette montagne, était-ce l'apocalypse ? Un champ de bataille où les guerriers agonisaient ? On eût dit que l'étoile avait pompé le sang, la rage et le feu pour le projeter ici, menaçant.
Puis l'incroyable déflagration céleste se calma. Et aujourd'hui, je ne vis pas le soleil se lever, il était mort.